L’instant suspendu ! Nicolas De Staël et moi.

Notre première rencontre me semble déjà si lointaine mais elle s’est imprégnée en moi avec tant de fougue qu’elle a laissé imprimée pour toujours, derrière mes yeux fermés, la puissance de ses aplats de couleurs. C’était un esquif bleu et gris où se mêlaient la mer, le vent et la lumière dans un silence brossé avec force. Il l’appelait Le Fort carré et ma foi, le sujet n’avait que peu d’importance tant la peinture elle-même, sa luminosité, son intention de couleur, sa vibrante présence s’imposait comme le sujet même. J’ai voulu le connaitre plus et nos rendez-vous m’ont fait arpenter plus d’un kilomètre, de la suisse ( fondation Gianadda) à Antibes (Musée Picasso). J’ai dévoré livres et documents le racontant. Les surprises furent grandes et inoubliables et vinrent remplir ma boite à trésors intérieure de rouges puissants, de bleus improbables, de noirs intenses, plombants contenant pourtant toute la qualité de la lumière, de compositions si audacieuses par leur simplicité. J’ai compris à travers sa vie et son œuvre la grandeur d’un être trop sensible, prématurément emporté par les tourments d’un art dévorant et aussi exigeant et fougueux que les sentiments qui l’animaient. Un beau jour, lors de derniers rendez-vous, j’ai cru voir s’éloigner, sourire énigmatique au coin des lèvres, mon prince slave, dans le vol opalescent de ses mouettes délicatement posées sur le souffle blanc laiteux d’une autre dimension. J’ai vu trembler sa longue silhouette élégante derrière l’ébauche d’un grand piano noir, accords poignants d’un concert inachevé…Il a choisi de me rendre visite depuis, sur l’aile du silence, s’immisçant dans mes pinceaux et bousculant mes tubes de couleurs. J’ai décidé de lui rendre hommage, à ma manière car après tout, je suis aussi indépendante qu’il ne l’était et même si le maitre reste génial, je ne souhaite pas ressembler à une pâle copiste.

Tableau l'instant suspendu 1

L'instant suspendu 2

J’ai fait le choix d’un sujet simple, comme il les aimait vers la fin de sa vie, renouant pour un temps avec le figuratif. Des vases, des bouteilles, objets usuels et auréolés d’une banalité intemporelle. Il s’agit d’un triptyque composé d’une toile centrale de 60 cm sur 80 cm et deux  toiles latérales de 40 cm sur 80 cm. La composition , tout comme dans les natures mortes de Nicolas de Staël, est simple également, frontale sans presque aucune perspective. Les objets sont posés sur des tablettes en suspension dans l’aire rouge et chaud, petites mosaïques de couleurs. Les contours sont appuyés d’un cerne noir bleuté, comme chez Fernand Léger. L’instant suspendu…toute la force de l’éternité dans la banalité de tous les jours. L’ici et maintenant à tout jamais… Ce n’est pas encore achevé et je vous livre les premières photos, mais promis, une fois accroché et les trois toiles lovées dans une boite bleue turquoise, je vous tire un portrait, mon hommage au « Prince ».

L'instant suspendu

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