La maison de l’or

Mes lectures me mènent loin dans le temps et dans l’espace et les derniers romans de chevet ont porté mes pas sur les traces des bâtisseurs égyptiens.

Fascinée depuis toujours par cette grande civilisation, je savoure les images et les destins qui se dévoilent au travers des pages : un village d’artisans très particulier, creuset de savoir-faire où nul ne peut pénétrer sans autorisation, La place de Vérité jouxte la vallée des rois et tout l’Art de la mort et de la vie éternelle sous le signe de Maât, grande déesse de justice et d’honneur.

Ma modeste évocation de ce lieu me réjouit pourtant dans sa sobriété et l’équilibre de ses formes. Les petites tesselles de terre peintes, tels des hiéroglyphes ponctuent la composition et soulignent les couleurs.

La maison de l’or ondule  comme les eaux  bleues du grand Nil.

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La maison de l’or. Huile sur toile et papier, tesselles de terre peintes, feuilles à dorer, bois et bois flotté, smalts de Venise.

Mother India

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Mother India. Détail. Huile sur toile, feutres, feuille à dorer, smalts de Venise et cerne doré.

Un nouveau grand tableau, format un mètre par un mètre, grand carré sur lequel j’imagine le mystère, celui de ma terre, celle que je porte en moi en souvenir d’un ailleurs qui me manque et dont ma vie d’avant se souvient. L’Inde !

Des images se bousculent dans la foule autour de moi, des odeurs, des bruits mais des couleurs surtout. Et le tout, tout à coup se synthétise dans le bruissement de la soie, un sari qui se déploie devant moi, intensité des couleurs, douceur, féminité.

C’est ce thème que j’ai choisi pour parler de mon Inde, un carré de sari où se mêlent l’or et le feu de la danse, éternel amour ! Mother India, tu recèles en ton sein l’essence même du mystère, monde spirituel et brutal où les couleurs hurlent de lumière, pures et salies à la fois dans la poussière et la boue des moussons…

Je te porte comme un étendard de joie !

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Détail.

 

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Mother India.

 

Quand l’œil devient mot : promenade au cœur de la vie

Fascinée par les couleurs, je me suis souvent promenée sur l’aile de leur vibration, funambule de l’éther, à la recherche des chromatismes composant tel bleu, tel rouge…

Il est un couple de couleurs complémentaires que j’affectionne par dessus tout et à propos desquelles, Van Gogh affirmait qu’elles symbolisent les passions humaines : le rouge et le vert.

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Essence même de la vie sur terre, premières dans leur intention de faire exister toute forme de vie sur notre merveilleuse planète, le rouge et le vert remplissent tout, sont l’inspire et l’expire, sont le tout.

Deux tableaux-écrits conjuguent leur voix à celle de mes tableaux-peintures.

Pour enseigner à la terre

Le rouge a laissé remonter

Comme un voile 

Les racines à nu.

Encore ensommeillées

D’un nocturne voyage

Elles murmurent dans des langues

Que l’on croit méconnaître 

Que le cœur reconnait 

Que la voix sait peut-être…

Les longs serpents s’étirent

Et l’échine frémit

Les racines ont saigné des rouges si profonds

Des ocres de rocaille

Des jaunes incandescents

Et la rose et la prune

Et le safran sauvage et tout l’or de la terre.

Le sang s’est répandu et n’a cessé de croître 

Comme une fleur douceâtre au delà des racines.

Retournées à la terre

Elles s’enchevêtrent et plongent

Et s’enfoncent dans l’oubli d’elles-mêmes

Laissant en chaque être

Les maillons rouges qui se tissent en une trame de vie.

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Bien au delà des yeux

Bien en deçà du cœur

S’ouvre l’espace du vert.

Il longe les verticalités

Qui s’élancent à l’assaut des hauteurs.

Vert est le nom de son nom

Plus subtil et impalpable que la pureté de l’air.

Il s’épanche avec chaleur

Confiant de sa puissance

Incroyable naïveté face aux plus froides attitudes. 

Souffle chlorophyllé dont nul arbre est avare

Il revêt la parole lorsqu’elle est juste.

Vert, forgé dans les traces mêmes de la vie

Sous la couleur des verts de demain

Tu t’élèves avec la force empruntée à la terre

En des volutes odorantes

Conquérant d’autres mondes

Où le vert bat comme un cœur. 

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Lorsque le rouge et le vert s’unissent, on est enfin prêt à passer toutes les portes :

Incroyable voyage.

A présent s’élève une porte

Fin, commencement.

Entre la terre et l’éther

Le voyageur sans fin

Cherche les signes…

Traces de son chemin dans la poussière rouge

Dans le murmure du vent dans le vert des arbres

Dans la course des étoiles assoiffées de nuit

Qui échappent aux couleurs, à l’idée de la vie.

Incroyable voyage qui mène d’un désert à l’autre.

De temps en temps une halte, un tumulte.

Une trêve sous l’arbre  où le souffle bondit

s’abreuver de silence et du vert de l’oubli.

Et un autre désert

Et les pas dans le sable

dessinent les empreintes de feu d’un précédant voyage

Vers le même, l’ultime rendez-vous.

Hommage à A. Giacometti « L’homme qui marche ».